
« Je peux lire le même livre que toi ! tout en lisant des phrases différentes…
Parfois l’histoire en est totalement modifiée : un sujet ennuyeux peut devenir un véritable roman d’aventures !
Bon OK ! Le plus souvent : soit, ça ne veut rien dire ; soit le sens diffère de celui que souhaitait l’auteur 😉 »
C’est à l’adolescence qu’Arthur a découvert sa dyslexie ; par erreur…
Parfois, il était atterré par la correction d’un exercice de maths qui n’avait absolument rien à voir avec le sujet, tel que lui, l’avait compris ; sans parler des études de textes…
« A-t-on vraiment lu le même livre ?
Lui aurait-on remis le mauvais sujet ?
Ça semble n’avoir ni queue ni tête !?!
Tant pis, j’y vais ! Je me lance, on verra bien ! ».
« Combien d’élèves ont ainsi répondu à un sujet « à côté de la plaque », tout en pensant être sur le bon chemin ? »
Arthur s’interroge dans la salle d’attente. Pour dire vrai : les questions fusent dans sa tête ; un 14 Juillet en bonne et due forme 😉
S’il remontait le temps de 15 min : il serait à mille lieues de ce qui se passe en ce moment, dans la tête posée sur ce corps, enfoncé dans ce fauteuil…
S’il remontait de 12 min : le médecin commencerait à lui débriefer les résultats du test, et à lui fournir ses premières conclusions.
À compter de là, il aura fallu 9 min à cette tête en blouse blanche pour annoncer à Arthur qu’il était dyslexique.
Légère ; mais quand même sacrément handicapante !
Les 3 min suivantes : Arthur est sorti de la salle de consultation hébété, puis s’est avachi sur l’un des fauteuils en jersey disposés devant lui.
Des évènements, des réflexions, des moqueries, des incompréhensions, des réprimandes, des heures de travail, des heures de répétition à haute voix, des heures de réécritures, des heures de colles : tous lui venaient en boucle !
Un film de sa vie, mais dont le thème serait « Comment faire entrer un triangle dans un cylindre de même diamètre ? ».
« OK. Ça ne marchera pas…
En fait, il me faut empiler le triangle sur le cylindre ; et ensuite, mettre tout bout à bout.
C’est ça ! Ce sont des morceaux de ficelles, il faut seulement les abouter et suivre le fil conducteur ! »
Pourtant, Arthur a fait beaucoup d’effort pour s’entrainer à lire, et réussir ses dictées cahin-caha ; pour se contrôler : contrôler le fait d’entendre un mot, mais d’en écrire un autre ; contrôler le fait de lire ce qui était vraiment écrit, et non ce qui lui semblait écrit.
Aujourd’hui, Arthur sait.
Il sait qu’il est possible de travailler certains réflexes, qui lui permettront de sortir de la difficulté des lectures et de l’écriture.
Il a déjà tant travaillé tout seul, sans être en mesure de voir l’obstacle à franchir ; maintenant, il sourit, car celui-ci prend forme dans son imaginaire : il voit, son adversaire !
Arthur va apprendre à se reconcentrer ; à réassocier les sons ; à lire très très lentement, en se focalisant vraiment sur ce qu’il voit ; ainsi qu’à se relire perpétuellement, qu’il soit derrière un stylo, ou un ordinateur.
Demain, Arthur saura qu’il n’est jamais trop tard pour soigner une dyslexie ; et peut-être… qu’il écrira ces lignes les larmes aux yeux…
Nouvelle « Je peux lire le même livre que toi ! », par S2B.


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